Bio
Née en 1999, Hana Martinelli vit et travaille à Tours. Sa pratique de la sculpture se construit autour d’objets du quotidien qui ont perdu leur utilité initiale. Elle les sélectionne en fonction de leur esthétique, leur charge émotionnelle et les symboliques qu’elle perçoit en eux.
L’artiste remanie ces objets, les « soigne », les répare. À travers cette transmutation, ils conservent une cicatrice, devenant support de récits et d’une mémoire commune.
Son travail explore les dynamiques de pouvoir et de violence, en particulier dans le cadre intrafamilial. Elle interroge les formes de domination exercées sur les corps — femmes, enfants, animaux — et met en lumière les liens entre violences systémiques et structures patriarcales. S’appuyant sur des approches écoféministes, anthropologiques et philosophiques, elle étudie la chasse — animale ou humaine — à travers les notions de prédation, de contrôle et d’appropriation des vivants.
Dans Le berceau des dominations. Anthropologie de l’inceste (2013), Dorothée Dussy analyse la violence faite aux animaux domestiques comme outil de terreur familiale :
« L’incesteur a différents moyens pour affirmer sa puissance, sa capacité de sanction, en un mot pour être craint. La violence exercée sur les animaux domestiques de la maison […] est un moyen courant et très efficace pour terroriser la famille. »
Cette citation éclaire profondément sa démarche : elle met en évidence la continuité des systèmes de prédation. Les œuvres d’Hana Martinelli s’inscrivent dans une posture de dénonciation, mais aussi dans une tentative de soin symbolique. Elles transforment des matériaux industriels en formes corporelles, animales et chargées de mémoire.
Les pièces de ce portfolio ont été réalisées durant la résidence Starter – Mode d’emploi, en 2024, intitulée Mordre le silence. Ce temps de recherche m’a permis d’explorer différentes formes de prédation — animale, humaine, sexuelle — à travers l’imagerie cynégétique, notamment celle du trophée.
En m’appuyant sur des lectures comme Les chasses à l’homme de Grégoire Chamayou , j’ai élargi ma réflexion à la figure des intermédiaires de la chasse : cell.eux qui y participent sans en être les instigateur.ices — chiens, chevaux, esclaves, mercenaires… ou, dans la chasse sexuelle, les témoins silencieux.
Les notions de contrainte, de contrôle et d’instrumentalisation traversent l’ensemble des pièces. On demande aux victimes de parler et, quand elles s’expriment, leur parole est étouffée, décrédibilisée ou retournée contre ell.eux, parce qu’elle dérange, force à voir et à agir. Le silence, souvent imposé, devient un matériau symbolique, une présence sourde. Le verbe mordre, dans le titre de la résidence, évoque à la fois l’instinct, la violence, et la mémoire contenue dans les corps.
Mes pièces n’exhibent pas l’animal, mais en suggèrent la présence. J’animalise les matériaux, je personnifie les formes : langue, mâchoire, peau, canine… fragments de corps devenus proies.
« Vivre aux aguets, c’est cela qui caractérise l’animal, et c’est en ce sens que la chasse animalise l’homme poursuivi. » — Grégoire Chamayou, Les chasses à l’homme